Le Qi Gong et le Taoïsme

. Dès le 7ème siècle avant notre ère les connaissances transmises par le Yi King (livre des

transformations), le plus ancien ouvrage de la sagesse chinoise, donnent naissance à l’école de la “ petite circulation céleste ”. Les huit trigrammes que décrit le Yi King représentent les étapes de base de toutes les transformations du Yin et du Yang. Dans la petite circulation céleste, on travaille plus spécialement le cycle du Yang et du Yin qui parcourent les méridiens du vaisseau gouverneur et du vaisseau conception. Les différents trigrammes sont le ciel, la terre, le tonnerre, la montagne, le vent, l’eau, le feu, le lac. Ils représentent, dans cette école, les étapes, les passages et les portes physiques et psychiques, touchant les plans de la réalité et du symbolique, que devra accomplir le pratiquant pour réaliser le cycle complet de la “ petite circulation céleste ”. Cette école qui est toujours pratiquée aujourd’hui, contient plusieurs niveaux. Une longue préparation, une progression rigoureuse, conditionnent l’accès aux niveaux plus profonds.

 

. L’école Taoïste naît au 6ème siècle avant J.C. Lao Tseu, considéré comme son fondateur, Tchouang Tseu, puis Lie Tseu, délivrent l’essence du Taoïsme. Le Taoïsme n’est pas une religion, mais plutôt une “ voie ” qui permet à l’homme d’accomplir sa destinée et de trouver l’harmonie, la nature et le ciel, quelque soit sa condition.

Cette philosophie relie l’homme au ciel, et lui montre le principe éternel et sous-jacent à tout ce qui existe. Elle lui apprend à libérer l’esprit des soucis et des affaires, ordonner l’énergie et suivre avec le corps la voie céleste.

 

Le Taoïsme enseigne ainsi des exercices pour purifier le corps, régulariser l’esprit et la respiration. « Qui peut, par le calme, clarifier peu à peu ce qui est impur ? Qui peut naître peu à peu au calme, et s’y maintenir toujours ? Celui qui garde le TAO »* . 

 

Le Taoïsme se développe au 2ème siècle après JC avec le “ Livre de la Paix Céleste ” (Tai Ping Jing). Il reprend l’héritage de Lao Tseu en l’adaptant selon les croyances de l’époque. Il annonce un aspect plus religieux des principes Taoïstes. En ce qui concerne la pratique du Qi Gong, il enseigne les méthodes de “ concentration sur le UN ” (Shou Yi) et de méditation par la visualisation intérieure d’images (Chun Se). Ces images éveillent et font circuler dans le corps les énergies qui leur correspondent (par exemple, méditation sur des couleurs, des formes, des parties du corps).

 

La méditation sur le UN est une technique qui harmonise la forme du corps avec l’esprit par la vision interne:

« L’être humain a un corps qui s’harmonise avec l’esprit. La forme du corps est rattachée à la mort. L’esprit est rattaché à la vie. Ils doivent se réunir le plus souvent possible. Sans l’esprit, la forme disparaît. Avec l’esprit la vie se manifeste. L’esprit et la forme (le corps) doivent rester unis ». Ce principe montre aussi l’importance que les taoïstes attachent non seulement à l’esprit, mais au corps comme support de l’esprit. Ce livre conseille d’éviter les perturbations des émotions (comme la colère, la peur, la joie excessive...) pour ne pas troubler le lien unissant corps et esprit (Ce principe est constant dans toutes les techniques énergétiques). La méditation sur le UN et les techniques de visualisation développées par les taoïstes sont à l’origine de beaucoup de méthodes de QI Gong “ statique ”.

. Ge Hong, médecin et Maître taoïste (284-364), a écrit vers la fin de sa vie, l’ouvrage célèbre appelé Bao Bu Zhe. La première partie est consacrée au “ Yangsheng ”, un ensemble de “ principes pour nourrir la vie et accroître la longévité ”. Il y donne certaines recettes et médicaments et des méthodes de respiration.

La deuxième partie, plus philosophique, traite de la causalité des phénomènes liés à l’existence. Il décrit la respiration embryonnaire: C’est une forme de respiration qui ne passe ni par le nez ni par la bouche, mais vient de l’intérieur, à l’image du foetus qui “ respire ” ainsi dans le ventre de sa mère, sans être en contact avec l’air extérieur. La technique consiste au début à inspirer par le nez,retenir l’air en comptant jusqu’à 120, puis expirer très doucement par la bouche. L’inspiration est plus poussée que l’expiration. Au fur et à mesure de la progression, la durée de la rétention augmente. Plus l’air est retenu, plus la respiration embryonnaire se développe. Jeunesse et la vitalité reviennent ainsi: Les mouvements de respiration entrent jusqu’au Ming Men (le réservoir d’énergie ancestrale), la retenue de l’air renforce l’énergie originelle qui s’y trouve, et s’harmonise avec la respiration interne du corps (la respiration embryonnaire). L’expiration est très lente pour ne pas disperser l’énergie, mais pour la garder concentrée au Ming Men et au Dan Tian (réservoir de l’énergie originelle). Ce type de respiration était alors très utilisé pour faire circuler l’énergie, en l’associant avec d’autres méthodes (images,méditation...). Ge Hong conseille de pratiquer les exercices pendant la phase

Yang de la journée (6 h - 18 h) alors que la phase Yin (18 h - 6 h) est réservée au repos. Il insiste sur l’importance de l’alimentation (éviter de manger trop, manger plus de légumes, de crudités, moins de viandes), et sur l’équilibre des émotions (éviter la colère qui perturbe l’énergie).

Cette méthode s’appelle aussi la “ respiration du Dan Tian ”: Cela montre le lien entre le Dan Tian (réservoir d’énergie originelle) et le mouvement de la respiration embryonnaire.

Le livre Bao Bu Zhe cite aussi les deux autres Dan Tian (le Dan Tian moyen et le Dan Tian supérieur). Les trois principaux centres d’énergie sont ainsi clairement définis. Il décrit certains exercices associant la respiration profonde, la concentration sur le UN, et la conscience des trois Dan Tian pour amener la pratique énergétique taoïste à un niveau plus élaboré.

Est mentionné dans le premier chapitre du “ Bao Bu Zhe ”, un Maître taoïste, Shi Chun, vivant au 3ème siècle et soignant les malades par la projection de l’énergie. Cette technique utilisée par ceux qui peuvent maîtriser le mouvement des énergies, consiste pour le thérapeute à capter les énergies cosmiques pour les projeter par son corps (le plus

souvent par les Lao Gong) sur certaines parties du corps du malade. Cela peut ressembler aux méthodes utilisées en Occident par les “ magnétiseurs ”. Cependant, la technique de projection de l’énergie requiert toute la conscience et la connaissance du mécanisme pathologique de la maladie. Ici, l’esprit est actif et le médecin n’est pas un simple canal passif. Cette technique est donc très délicate et demande une grande qualité de la part du médecin. Elle est moins enseignée aujourd’hui en raison de la déperdition d’énergie qu’elle cause au thérapeute, cependant certains l’utilisent toujours. On appelle ces méthodes, Wai Qi, où méthode de l’énergie projetée.

 

. Le Qi Gong de l’alchimie interne, développé depuis le 2ème siècle par le courant taoïste,

recherche par des pratiques respiratoires et méditatives, la “ longue vie ”, l’immortalité, par une forme de transcendance de la relation ciel-terre-homme. Les exercices serapprochent à la fois des méthodes issues de la “ petite circulation céleste ” et de la respiration embryonnaire.

Sun Si Miao (581-682) très célèbre médecin, a écrit de remarquables ouvrages sur la médecine chinoise et le Qi Gong thérapeutique (vo. Il a aussi approfondi les techniques énergétiques dans cette direction. Ainsi, le courant de la philosophie taoïste du départ se trouve enrichi, mais aussi divisé, en différentes pratiques physiques et psychiques, médicales, spirituelles,religieuses (avec l’apparition de certains rituels).

“ L’alchimie interne ” avait deux sens:

Le processus énergétique interne cherche à inverser le processus de vieillissement par une sorte de transmutation interne qui permet de retrouver et faire vivre ce noyau d’immortalité que chacun possède. La méthode peut être soit à base d’exercices (respiratoires, méditations...), appelée par les taoïstes Nei tan ou “ substance interne de longévité ”.

L’utilisation de substances comme les 8 minéraux et les 5 métaux constitue la forme extérieure de la transmutation alchimique, appelée Wei Tan (substance externe de longévité).

 

Pendant la riche époque des Tang (6ème-9ème siècle) de nombreux artistes, peintres, poètes s'adonnent au Taoïsme, au Chan, alternant des périodes de méditation dans la nature avec une vie artistique très riche. Citons notamment Wang Wei au 8ème siècle, Bai Ju Yi, Li Bai, également Su Tong Po au 11ème siècle.

 

Dans l’ensemble, les techniques taoïstes, que l’on regroupe parfois sous le terme « Nei Gong » ou « travail interne », s’exercent sur les trois substances constitutives de la vie :

-Jing : l’essence

-Qi : le souffle, l’énergie

-Shen : l’esprit, la conscience d’être

 

Les étapes de ce travail se présentent ainsi :

1- nourrir le Jing

2- le Jing se transforme en Qi

3- le Qi nourrit le Shen

4- le Shen retourne au vide puis ou Tao

Selon les nombreuses lignées taoïstes le processus pouvait, sur les trois premières étapes, trouver la « longue vie » et accorder son existence avec le « monde céleste ». La dernière étape marque le retour au UN, puis le renversement vers le non-manifesté, inconcevable pour qui vit en société.